L’IEF, késako?

C’est la rentrée! Les petits et les plus grands reprennent le chemin de la cour de récré et des bancs de l’école, des leçons, des devoirs et des contrôles. Chez nous, pas. Petit’potam est pourtant bel et bien en âge de faire sa rentrée, mais nous avons fait un choix un peu différent, celui de l’instruction en famille.

Ce choix surprend souvent, mais il présente pas mal d’avantages tant pour l’enfant que pour la famille, et il est tout à fait légal. En effet, en Belgique, c’est l’instruction qui est obligatoire, pas l’école, et en plus, l’instruction n’est obligatoire qu’à partir de 6 ans.

Pourquoi ce choix?

D’une part – et je n’ouvre pas ici de débat sur les compétences des enseignants qui font j’en suis sûre de leur mieux avec leurs moyens – parce que nous n’avons plus confiance en notre système scolaire et que les écoles privées sont totalement hors de notre portée. Le niveau n’a cessé de chuter ces dernières années, et, là ou il y a 20 ans, un enfant sortait de primaire avec une orthographe et une grammaire correctes, il n’y a plus qu’une petite minorité qui même en sortant de secondaire puisse se targuer d’une orthographe décente. Les langues étrangères, ici en Wallonie sont à la carte et les matières telles que l’histoire, la géographie et les sciences passent de plus en plus à la trappe. Quant aux moyens… classes surpeuplées, matériel vétuste, manuels obsolètes, professeurs surmenés… et surtout méthodes dépassées! Bref, je ne vois rien que l’école puisse apporter à mes enfants.

Ha oui, la sociabilisation. Sauf que figurez vous, en IEF, on ne reste pas assis à une table pendant de longues heures a étudier et à faire des exercices. On bouge, on sort, on expérimente, on visite, on touche, on sent, on manipule, on essaie, on apprend… et on fait plein de rencontres, de tous ages, de tous horizons, de toutes sortes… Les musées, les fermes pédagogiques, les théâtres, les journées ouvertes chez les artisans, les producteurs, les balades en forêt ou dans les champs, font partie de notre quotidien. Nous y rencontrons des gens passionnés par leur métier qui expliquent volontiers leur travail, des enfants, des adultes, des adolescents. Il naît parfois de ces rencontres de belles amitiés, mais surtout un sens accru de l’entraide car étant entourés de plus petits et de plus grands, les enfants apprennent à prendre soin les uns des autres et à s’entraider. Il n’y a pas non plus d’esprit de compétition pour être le meilleur, le premier de classe. Juste un volonté d’apprendre, d’assouvir une soif de curiosité naturelle chez l’enfant et de collaborer avec ses pairs.

D’autre part, parce que j’estime que cela fait partie de mon rôle de parent et que j’apprécie de transmettre mes connaissances. Attention, je ne juge pas ceux qui font des choix différents. Je sais qu’il n’est pas donné à tous de faire et d’assumer ce choix, que ce soit pour des raisons d’épanouissement personnel, des raisons financières, de santé, de temps, de capacités ou de compétences… C’est un choix prenant et exigeant, souvent éreintant et qui demande un certain investissement personnel. Mais en contrepartie, c’est tellement chouette de voir son enfant évoluer au quotidien, de le voir grandir, apprendre et s’enrichir.

Mais alors, vous êtes tout le temps avec vos enfants?

Oui! Ca fait partie du plaisir – et c’est aussi la plus grosse difficulté. Mais cela me permet aussi d’apprendre à mes enfants à prendre soin de leur milieu: rangement, ménage, couture, cuisine, soin aux animaux. Et ces petits gestes du quotidien sont aussi des occasions d’apprendre. Par exemple en cuisine, il faut compter les oeufs, peser la farine, mesurer l’eau. Utiliser un fouet ou une spatule permet de travailler la dextérité. On travaille aussi sur la notion de temps qui passe en attendant la cuisson des pâtes ou du pain. La couture développe la motricité fine et la précision, le jardinage est une merveilleuse occasion d’observer le milieu, les insectes, le cycle des plantes… Et tout ces petits gestes permettent aussi de responsabiliser l’enfant: recoudre son pantalon lui apprend à prendre soin de ses vetements, ranger ses jouets à structurer son espace (et donc sa pensée), le nettoyage à respecter son environnement.

Evidemment, il y a des jours ou j’aimerais souffler et m’accorder du temps. Mais globalement, nous parvenons à nous partager les tâches et le temps de loisir avec Papa’Potam. Ce qui au final me prend le plus de temps, c’est la préparation des activités et des supports, que je fais soit le soir quand les enfants dorment, soit quand ils jouent un peu tranquillement ou que leur papa s’en occupe.

Et vous faites quoi, alors?

De la lecture (oui, en première maternelle!), du bricolage, des langues (oui en première maternelle!!!), des mathématiques, de la musique (piano, solfège, djembé, flûte, guitare, chant), du sport, de l’art, de l’histoire, de l’astronomie, de la physique, de l’anatomie, de la biologie, du théatre, du dessin, de la peinture, de la géographie, de la sculpture, de la photo, de la chimie, de la cuisine, de la couture, de la culture générale…. En fait, tout ce qui répond aux questions et aux demandes des enfants. On suit le mouvement.

Bien-sur, il y a aussi des thèmes qu’on amène:

  • un pays est mis à l’honneur chaque mois à travers des recettes, des comptines, des petites vidéos, des photos, des coloriages, des contes et légendes….
  • un animal est mis à l’honneur chaque semaine
  • les événements de la vie tels que des élections, une naissance ou une grossesse, une exposition, une fête, un événement sportif…. permettent aussi de discuter de ce thème en particulier.

Mais toutes ces matières sont amenées suite à des questions de l’enfant, et toujours de façon active. Chez nous, pas questions de cours magistraux ou l’enfant s’ennuie assis a table à juste écouter. L’enfant apprend par l’expérimentation et par le jeu, par l’observation et l’action. L’adulte dans ce contexte accompagne plus qu’il n’enseigne, il guide plus qu’il ne dirige.

Les avantages extra…

Puis, il y a des avantages extras… Pouvoir partir en vacances hors saison et sur un coup de tête, ne pas avoir à se lever à une certaine heure et suivre a 100% le rythme des enfants, avec beaucoup moins de stress, pouvoir rester en pyjama parfois, moins de frais de fournitures scolaires (mais beaucoup plus en sorties 😉 ), pas de harcèlement scolaire… Et surtout un rythme d’apprentissage beaucoup plus naturel, sans forcing, sans stress… et beaucoup plus efficace.

Je partagerai certains des supports que je crée via ce blog, notamment les dossiers pays pour ceux qui souhaitent s’inspirer pour leurs enfants, qu’ils soient en IEF ou à l’école. Bonne rentrée à tous 😉

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D’une mère parfaite(ment) (a)normale…

En 2 ans, j’ai eu l’occasion d’entendre tous les avis sur nos choix éducatifs…  De la « mère parfaite » à « la mère pas normale« , en passant par les « Tu vas en faire un tyran », les « Ca sera un assisté toujours dans les jupes de sa mère » et les « Faut couper le cordon, hein!« … Et j’en oublie beaucoup…

Il faut dire que beaucoup confondent encore éducation bienveillante et laxisme. Les articles sur les méthodes de la bienveillance pullulent déjà sur le net et les livres sur ce type d’éducation se multiplient, avec des approches de plus en variées, que ce soit par la CNV, la pleine conscience, le yoga ou la méditation… Aussi je ne m’attarderai pas sur les méthodes… Pour ceux qui souhaitent approfondir ce sujet là, je vous conseille de lire les livres d’Isabelle Filliozat et de Catherine Gueguen, ainsi que ceux de Marshall Rosenberg et de Faber et Mazlich. J’écrirai prochainement une petite bibliographie avec nos indispensables et ceux qui figurent encore sur ma pile à lire (PAL).

Ce dont j’aimerais parler, c’est de notre expérience de la bienveillance, d’un point de vue purement pratique, pas juste théorique. Pourquoi? Parce que je me suis rendue compte que beaucoup de parents se sentent « écrasés » par la bienveillance qu’ils veulent mettre en place avec leurs enfants. Ils culpabilisent dès qu’ils se mettent en colère, s’en veulent des jours durant… Ils se posent des objectifs surhumains et finissent par se mettre une pression insupportable pour ne pas exploser. Or cette pression, bien souvent ajoute au stress de la vie quotidienne et fini par les mener exactement la où ils ne veulent pas. En fait, je vois ça un peu comme la technique du regard en conduite: Regarder vers ou on veut aller et non vers l’obstacle… En se braquant sur l’obstacle, en en ayant peur, on fini inévitablement par foncer dedans…

Avant toute chose, l’éducation est d’apprendre à nos enfants à être humains, avec des forces et des faiblesses… et avec des émotions, et d’apprendre à accepter cela, tant chez eux-même que chez les autres. Pour accepter nos émotions et nos faiblesses, il faut pouvoir les comprendre, les recevoir et les écouter avec bienveillance. C’est ainsi que je comprends la bienveillance avec mon enfant: accepter et chercher à comprendre ses émotions, l’accompagner pour l’aider à comprendre cette déferlante qui le submerge et qu’il ne peut pas encore gérer seul. En tout cas, si je ne devais garder qu’un enseignement de la bienveillance, ce serait celui-la, car je pense qu’il est la clé de toute l’éducation que nous donnons à nos enfants puisqu’il même inexorablement au respect de sa personnalité et de ses émotions. En étant à l’écoute des ressentis de notre enfant, nous acceptons qu’il ne soit pas un bloc de glaise à façonner ou un vase à remplir, mais bien une plante qui pousse d’elle-même et que nous pouvons accompagner en lui apportant le meilleur. Mais quoique nous fassions, un rosier restera un rosier, un framboisier restera un framboisier. Peu importe comment nous le taillons ou quel engrais nous lui apporterons, sa nature restera toujours la même… Nous ne pouvons qu’influencer un peu la façon dont il poussera, le protéger des agressions extérieures que sont les pucerons ou certains champignons, l’aider à s’épanouir et à porter des fleurs et des fruits le moment venu.

La bienveillance, c’est respecter notre enfant, ses besoins, ses émotions, sa personnalité. C’est le laisser grandir à son rythme en acceptant qu’il ne soit pas toujours d’accord avec nous, qu’il ait ses propres goûts – parfois très différents des nôtres – qu’il puisse faire des choix très différents des nôtres. Sans pour autant tout accepter, en posant des limites fermes quant à certaines valeurs comme la politesse, le respect d’autrui et des animaux, la valeur du travail bien fait, le respect du travail d’autrui, la liberté de disposer de son corps (ne pas être obligé de faire des bisous ou d’aller sur les genoux)… C’est l’accompagner, sans imposer; encourager, sans brusquer; écouter sans juger; aimer sans vouloir transformer… Bref, l’accepter tel qu’il est, avec ses forces et ses faiblesses, son caractère et ses émotions.

Mais la bienveillance, ne se limite pas à nos enfants: elle s’applique aussi – et avant tout – à nous même, parents. Avant de pouvoir accepter les autres, il est impératif de nous accepter nous-même, d’accepter nos défaut, sans pour autant renoncer à nous améliorer et d’accepter nos émotions afin de pouvoir écouter le message qu’elles nous transmettent.

Ainsi, la colère est une émotion naturelle qu’il convient d’accepter et de recevoir pour pouvoir la décoder. En la refoulant, nous accumulons un trop plein qui finira par ressortir soit en explosant, soit à travers de l’eczéma ou d’autres manifestations psycho-somatiques. Pour autant, les explosions de colères ne sont pas saines non plus, ni pour nous ni pour nos enfants… surtout si elles sont fréquentes. Mais il est important aussi – je pense – de montrer à nos enfant que parfois, nous aussi commettons des erreurs et de les réparer, notamment en demandant pardon. Nous sommes leur modèle, aussi, je crois qu’il est important montrer que nous sommes humains et faillibles, qu’il n’y a pas de honte à parfois se planter. L’important est de leur montrer comment nous faisons face à cette erreur. Parce que c’est ainsi qu’eux aussi apprendront à demander pardon et à réparer leurs bourdes.

Je suis loin de la mère parfaite que certains pensent que je suis; je suis juste une maman finalement très normale qui, comme toutes les mamans du monde, veut le meilleur pour son enfant. Malgré tout mon amour et ma volonté d’être bienveillante, douce et aimante, je m’énerve aussi parfois, il m’arrive de crier sur mon fils et de m’en vouloir après; il m’arrive même de sortir de la pièce pour me calmer et de le laisser pleurer quelques minutes parce que j’ai moi-aussi atteint mes limites… Notre colère nous indique qu’un de nos besoins « essentiels » n’est pas satisfait. Ce peut-être un besoin physiologique primaire (dormir, boire, manger… ) ou un besoin plus personnel comme un besoin de calme, de solitude, un besoin de prendre du temps pour soi, de se retrouver avec son compagnon, de se sentir respectée… Certains facteurs comme le stress et la fatigue augmentent encore notre sensibilité, et lorsque notre petit commence a crier et à courir partout après une journée déjà chargée et difficile, il est normal de se sentir dépassé et, parfois de se mettre en colère. Mais dans ces moments là, nous savons tous au fond de nous que notre enfant n’est pas celui à qui était réellement destinée cette colère, n’est-ce-pas?

J’apprend aujourd’hui à exprimer mes émotions plus sainement, à exprimer ma colère sans exploser et à dévier ce trop plein d’énergie…  J’apprends surtout à reconnaître ce qui me met en colère et les situations qui m’y amènent. Soit pour les éviter, soit pour y travailler et les désamorcer une fois pour toute… La aussi, je pense que nous sommes le modèle de nos enfants, et accepter de se remettre en question, d’évoluer, de faire un travail sur soi-même fait aussi partie des valeurs importantes à transmettre à nos petits… Reconnaître qu’on est faillible, c’est bien, accepter d’y remédier, c’est mieux 😉 Et je crois que cela fait aussi finalement partie de la bienveillance envers nous-même… et envers eux. Si j’ai appris une chose grâce à la bienveillance, c’est que la parentalité positive, ce n’est pas « juste » élever un enfant. C’est aussi s’élever soi-même, aller vers une meilleure version de nous-même, travailler à devenir un meilleur modèle pour nos chérubins.

Aujourd’hui, après 2 ans de bienveillance, mon fils est un petit gars au caractère bien trempé, autonome, débrouillard, souriant, curieux, sociable et poli. Mais c’est aussi un enfant têtu, et tenace, qui sait ce qu’il veut et qui ne s’en laisse pas conter. Il me remplit de fierté, mais il me met souvent au défi car il ne va pas toujours dans le sens ou j’avais prévu d’aller. Il faut alors trouver des compromis. Souvent, il m’invite sans le savoir à me remettre en question et à remettre certains principes que je pensais acquis en questions…

Voila, ce que j’aurais appris de la bienveillance: évoluer soi-même avec ses enfants et (ré)apprendre à s’aimer et à s’accepter soi-même, car on ne peut rien verser d’un vase vide.  La bienveillance et la parentalité positive doivent – à mon sens – être un chemin que l’on fait AVEC son enfant. Avancer pas-à-pas vers une famille plus sereine, vers un monde plus serein. Et ça, ça commence par soi-même.

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